Les cyclistes ne sont pas les méchants

En passant

Une fois n’est pas coutume, je publie ici la traduction d’un article en anglais, qui m’a particulièrement touché.

L’original est disponible ici : Cyclists are not the bad guys

Le fondateur d’Apple, Steve Jobs, a jadis voulu appeler l’ordinateur Macintosh «le vélo». Il a été étonné par l’efficacité des deux-roues. Il avait raison: les vélos sont des machines incroyables. Vous pouvez parcourir huit kilomètres à vélo en dépensant autant d’énergie qu’il vous en faudrait pour en marcher un.

Les vélos ne polluent pas notre air. Ils n’obstruent pas nos routes. Si nos villes avaient plus de vélos, elles seraient plus propres et plus sûrs. Nous serions plus en forme. Nos quartiers seraient plus sociables, car vous pouvez vous arrêter pour discuter à vélo d’une manière que vous pouvez rarement en voiture.

Pourtant, d’une manière ou d’une autre, nous nous sommes convaincus que les cyclistes sont l’ennemi. «La supériorité morale des cyclistes doit cesser», lit-on cette semaine dans un titre britannique. «Je ne peux pas me tenir au courant de ce que veulent les cyclistes», a déclaré un autre. Des années de couverture similaire ont contribué à un mépris général.

Ce qui a suscité la dernière effusion était une proposition de modification du code de la route, qui précise que, lorsque l’on roule en groupe plus important sur des voies étroites, «il est parfois plus sûr de rouler à deux». Si cela vous dérange, attendez d’entendre tout le reste en 2020.

Dans des villes comme Londres, certains habitants sont également en colère que les routes aient été bloquées par des planteurs de fleurs – pour créer des «quartiers à faible trafic» qui font passer les piétons et les cyclistes avant les automobilistes. La réponse courte est: difficile. Une révolution nécessite quelques barricades. Nos villes ont besoin de plus de vélos et de moins de voitures et de taxis (ou tout ce que le service juridique d’Uber appelle ses véhicules actuellement).

Encadrer cela comme une bataille entre cyclistes et conducteurs manque un groupe clé: ceux qui aimeraient faire du vélo, mais n’osent pas. Je ne m’identifie pas vraiment en tant que cycliste. Je fais du vélo un peu, je conduis occasionnellement, je marche surtout et je prends les transports en commun. Mais j’aimerais faire plus de vélo, et j’aimerais que les autres se sentent suffisamment en sécurité pour le faire aussi.

À Copenhague, la moitié des gens font la navette en vélo; au Royaume-Uni, ce sont surtout des fous comme Boris Johnson avant de devenir Premier ministre. Lockdown a donné un aperçu de combien nos rues pourraient être plus agréables si les voitures ne dominaient pas.

Oui, je sais qu’il y a de mauvais cyclistes. Parfois, ils sautent des feux rouges. Souvent, ils portent du Lycra. J’aurais aimé qu’ils ne le fassent pas. Mais il y a aussi de mauvais motards, qui agissent comme si nos tympans n’étaient pas des articles essentiels.

De tous les usagers de la route, les cyclistes paient le prix le plus élevé lorsque les choses tournent mal: le week-end dernier, un cycliste a dû se rendre à l’hôpital après avoir été heurté par un SUV conduit par le leader travailliste Keir Starmer. Imaginez si une fraction de l’indignation contre les cyclistes visait les conducteurs qui ont tué 98 cyclistes au Royaume-Uni l’année dernière, ou tous les autres qui remplissent nos poumons de particules.

Si nous voulons que les cyclistes soient moins ennuyeux, nous devons construire une infrastructure appropriée pour eux. Au Danemark, où les pistes cyclables sont courantes, une étude a révélé que seulement 4,9% des cyclistes avaient commis une infraction au code de la route à un carrefour.

J’espère que nous construisons des pistes cyclables, des routes piétonnières et que nous demandons un meilleur comportement des cyclistes en échange. Mais pourquoi les cyclistes devraient-ils être obligés d’attendre des décennies pour que cela se produise? Comment cela nous aide-t-il à lutter contre la pollution de l’air qui tue 30 000 personnes par an au Royaume-Uni, ou le fait que les deux tiers des adultes britanniques sont en surpoids ou obèses?

Les conducteurs – moi y compris – devons reconnaître que nous sommes le problème. C’est nous qui devons quitter la route. A défaut, ne peut-on pas attendre quelques secondes, voire quelques minutes, derrière un groupe de cyclistes?

Les quartiers à faible trafic et le changement du code de la route ne sont pas un pont trop loin – ils ne sont pas assez loin. La raison pour laquelle de nombreuses rues ne peuvent pas accueillir de pistes cyclables actuellement est qu’elles ont garé des voitures des deux côtés de celles-ci. Les véhicules à moteur occupent suffisamment de biens immobiliers de premier ordre. Faisons amende honorable. Partout où quelqu’un doit céder à cause de la largeur d’une route, ce devrait être lui. Les cyclistes[1] devraient avoir la priorité.

henry.mance@ft.com

[1] et les piétons …

Le vélotaf et surtout le vélo

En préambule, je vais commencer par vous dire que si vous cherchez des arguments pour convaincre de passer au vélotaf, vous êtes sur le mauvais article. Il y’en a pléthores, plus ou moins bien rédigés, et plus ou moins vrai.

Je vais juste expliquer pourquoi j’y suis passé, et comment. Les gains sont personnels, je ne les développerai pas.

Pourquoi

J’aime le vélo. Tout simplement. J’adore rouler, le nez au vent, quelque soit les conditions météorologiques. La pollution présente en ville ne m’arrête pas, elle ne me gène pas et ne gâche aucunement mon plaisir.

Je roule par les plus petites rues que je trouve, je découvre des chemins, je discute avec les autres personnes roulant comme moi en vélo. C’est humain, c’est vivant. En 10 ans de pratique régulière, je ne me suis jamais fait renverser (même si je suis tombé quelques fois à cause d’une voiture qui faisait n’importe quoi devant moi), même si j’ai déjà eu droit à quelques insultes de la part de conducteurs. Globalement, ça reste très, très rare.

Comment

Simplement : j’ai utilisé mon vélo pour aller travailler. Au départ, j’ai utilisé mon VTT (quand je faisais moins de 5km pour aller travailler), puis j’ai investi dans des vélos plus spécifiques et plus adaptés à la pratique du vélotaf.

Et tu n’arrives pas en sueur au boulot

Pas quand je roule moins de 10 km. C’est comme ça pour moi. Après, en sueur ou non, l’entreprise où je travaille nous met à disposition des vestiaires pour nous changer, ainsi que des douches. Donc je prends une douche quand j’arrive au travail, surtout en été ! Je n’aurais pas de douche à disposition, je prendrais quand même des lingettes pour me débarbouiller avant de m’habiller pour aller bosser.

Je ne travaille pas dans les vêtements dans lesquels j’ai roulé, que ce soit en été ou en hiver.

Et les conditions météos te gênent pas ?

Non. Ce n’est qu’une question d’équipement. Effectivement, je porte des lunettes donc la pluie peut me casser les pieds, mais j’ai un casque avec visière, ce qui fait que la pluie s’évacue sur les côtés quand il pleut. Donc je garde mes lunettes et une bonne vision.

J’ai une veste étanche, coupe vent uniquement pour l’été, softshell trois couches pour l’hiver. N’oubliez pas que je me change en arrivant (entièrement).

Et le froid ?

Je suis asthmatique donc le froid me gène. J’ai deux moyens :

1/ le premier est de couper le trajet en deux, je prends le tram sur la moitié et le froid gène moins.

2/ le second est d’utiliser de très bons gants, une très bonne veste avec un souspull en laine mérinos et un très bon pantalon de randonnée/ski qui m’isole parfaitement. Le casque protège la tête (je mets quand même un bonnet en windstopper en dessous) et les guêtres intégrées au pantalon protègent les pieds.

Bien sûr, j’utilise aussi un tour de cou en polaire pour protéger … le cou, et il me sert aussi à protéger partiellement le visage.

Et les autres ?

Je m’en contrefous. Je fais ça pour moi, et le regard que les autres peuvent porter (la voiture est un symbole de richesse et de statut social ? J’en ai rien à faire ! ). Il n’y a même aucune volonté écologique là dedans, même si pour rigoler je dis que je compense carbone les déplacements que je fais en voiture.

On voit que tu n’as pas besoin de mettre un costume pour aller bosser !

Justement, si. Il m’arrive de mettre un costume quand je suis au boulot. Cela ne m’empêche pas de prendre le vélo. J’ai un sac messager spécifique pour mettre un costume. Et des sacoches étanches pour trimbaler mon PC portable professionnel et les documents papier dont je peux avoir besoin.

Bien sûr, cela demande un investissement financier. La seule sacoche étanche qui se transforme en sac à dos m’a coûté le prix d’un vélo en GMS. Mais je vais m’en servir presque tous les jours pendant au moins 10 ans.

Les voitures ne te gênent pas ?

Non, ça serait même plutôt l’inverse d’ailleurs. Je roule sur la chaussée, en laissant un bon espace entre moi et le trottoir. Ainsi, la voiture, quand elle veut me dépasser, le fait franchement sans me frôler. C’est rare qu’une voiture joue de l’accélérateur derrière moi, me frôle ou bien que je me fasse insulter. Cela arrivait à un moment donné (les frôlements ou l’intimidation), mais dorénavant, je ne subis plus ce genre de désagréments.

Bien sûr, il m’est arrivé de faire frôler. Systématiquement, cela me fait hurler. Plus d’une fois, en rattrapant la voiture au feu suivant, je me fais insulter « mais pourquoi vous gueulez comme ça ? » « Ben vous m’avez frôlé » « Nan, j’ai respecté la distance » …

Alors que j’aurais pu toucher sa vitre avec la main.

Ma réponse est adapté à la personne au volant :

« ce n’est pas parce que vous avez réussi à faire croire à votre femme que ça (montrer 5cm entre vos doigts) ça fait 25 cm que c’est forcément vrai »

« ce n’est pas parce que votre mari vous a fait croire que ça (montrer 5cm entre vos doigts) ça fait 25 cm que c’est forcément vrai »

Ca désamorce systématiquement la situation.

Je n’ai jamais dégradé une voiture. JA-MAIS. Je n’ai pas envie de me mettre dans la position de l’agresseur, alors que c’est moi qui en subit une.

Depuis 1 an, j’emprunte d’autres routes qui sont beaucoup moins passantes, avec beaucoup moins de voiture. Ceci rend mon trajet bien plus agréable, et moins dangereux. Cependant, quand je dois emprunter des routes passantes, je me met quasiment au milieu de la voie, afin que les voitures … me voient. Beaucoup de conducteurs confondent voir et regarder.

Je porte pourtant des vêtements réfléchissants, et j’ai de l’éclairage puissant sur mon vélo. J’ai même des pneus avec des bandes réfléchissantes histoire d’améliorer encore ma visibilité.

Donc, quand je roule, je pars d’un principe : la personne au volant NE M’A PAS VU.

Oui, je laisse des voitures me griller la priorité. Mais je préfère ça au fait de voir « Il n’était pas en tort » en épitaphe sur ma pierre tombale …